Articles

 TOUT DE SUITE CI- DESSOUS - 
LE DERNIER ARTICLE PASSE A NOTRE SUJET DANS LA PRESSE


PLUS BAS -
UNE MULTITUDE D' ARTICLES INTERESSANTS A LIRE 

Le Touquet -  dimanche 10 novembre 2013  
                      
    Le concert en hommage à Guy Lasson a été l’occasion de mettre en lumière sa femme, Nicole.

   Au palais de l’Europe, dimanche après-midi, plus un siège n’était libre dans le grand auditorium pour le        concert en hommage à Guy Lasson, pianiste et compositeur.
   Le programme a fait le bonheur du public. Mais en final, ce fut aussiun hommage très mérité à sa              femme, Nicole. Connue de tous, elle est très appréciée par ses nombreux élèves.  
   Sous les applaudissements nourris de la salle, le député-maire lui a remis la Médaille d’or de la ville,
   pour sa participation permanente à la réputation musicale de la station, et son dévouement aux Amis de    l’orgue qu’elle préside.
    Publié le mardi 12 novembre par 'La Voix du Nord'  

                                                           # # # # # #
Nous vous proposons la lecture des articles suivants
Certains sont tirés de magazines 

d'autres auraient du paraître...

1) Embouteillage dans les églises de Cognac
2)Joshua Bell - Violoniste.
3) Paroles d'hier ...Interwiev d'Henri DIONET - Soliste de l'Opéra de Paris -
4) Robert FONTAINE : sa vie de Musique


 
1) Embouteillage dans les églises de Cognac
                                       

2)                                      Sold Out     -       Joshua Bell Violoniste.
Le musicien de rue était debout dans l'entrée de la station « Enfant Plaza » du métro de Washington DC. Il a commencé à jouer du violon. C'était un matin froid, le 12 janvier. Il a joué durant quarante-cinq minutes.
Pour commencer, la chaconne de la 2e partita de Bach, puis l'Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et à nouveau, du Bach.
À cette heure de pointe, vers 8h du matin, quelque mille personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur travail.
Après trois minutes, un homme d'âge mûr a remarqué qu'un musicien jouait. Il a ralenti son pas, s'est arrêté quelques secondes puis a démarré en accélérant. Une minute plus tard, le violoniste a reçu son premier dollar : en continuant droit devant, une femme lui a jeté l'argent dans son petit pot. Peu après, un homme s'est appuyé sur le mur d'en face pour l'écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher. Il était clairement en retard.
Celui qui a marqué le plus d'attention fut un petit garçon qui devait avoir trois ans. Sa mère l'a tiré, pressé mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le violoniste. Finalement sa mère l'a secoué et agrippé brutalement afin que l'enfant reprenne le pas. Toutefois, en marchant, il a continué à regarder le musicien. Cette scène s'est répétée plusieurs fois avec d'autres enfants. Et les parents, sans exception, les ont forcés à bouger. Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien, seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter. Une vingtaine environ lui a donné de l'argent tout en en continuant à marcher.
Il a récolté 32 dollars. Personne ne l'a remarqué quand il a eu fini de jouer. Personne n'a applaudi.
Sur plus de mille passants, seule une personne l'a reconnu. Ce musicien de rues était Joshua Bell, actuellement un des meilleurs violonistes de la planète. Il a joué dans ce hall avec l'un des plus beaux Stradivarius encore existant. Un son à couper le souffle. Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation future au théâtre de Boston était « sold out » avec des prix avoisinant les 200 dollars la place.
Le  lien youtube vers des extraits de cette prestation:
http://fr.youtube.com/watch?v=myq8upzJDJc 
Ce lien n'est plus actif mais l'histoire en elle-même est déjà intéressante.
Si vous le copiez dans votre moteur de recherche vous apprendrez pourquoi !

3)   Paroles d'hier ...Interwiev d'Henri DIONET
Henri DIONET - Réputé l'un des meilleurs professeurs de son époque avec Henri DRUART Soliste de l'Orchestre de Paris - Professeur à Rueil - Malmaison - Jacques Lancelot Professseur à ROUEN  Une photo de ces trois grands clarinettistes et professeurs un peu plus bas.
 
  Henri Dionet décédé le 27 octobre 2006, était né en 1911. Après ses études au CNR de Lille avec Ferdinad Capelle, il avait obtenu son 1er prix au Conservatoire de Paris dans la classe d’Auguste Périer en 1930. Il fut notamment soliste à l’Opéra de Paris de 1945 à 1973 et professeur au conservatoire de Versailles de 1951 à 1982.
Ci-dessous, un extrait de l’interview qu’il avait accordée chez Vandoren à Roland Pierry au début des années 90.

Anches
Après avoir essayé et joué des anches de différentes marques, je me suis rendu compte que c’était chez Vandoren ( et je suis très sincère )que je trouvais celles qui me donnaient le plus de satisfactions, avec une qualité supérieure.
Et je ne vous dis pas ça parce que j’étais l’ami de Bernard Van Doren. Lorsqu’on vous écoute, on ne sait pas qui a fabriqué l’anche.
Quel bec jouiez-vous ?
J’ai essayé d’autres becs et je suis toujours revenu à la production Van Doren. Avant la guerre, on peut estimer que 90% des clarinettistes jouaient le 5RV ;
Il y a bien une raison à cela. Des fabricants ont fait d’autres becs avec le concours d’artistes qui ont essayé leur production. Van Doren a également évolué et proposé d’autres modèles tels que les 11.1, B44, ou B45 par exemple que j’ai joués. Un chose à ne pas oublier est de choisir ses anches en fonction de son bec. Avec cette méthode, on arrive toujours à retrouver sa sonorité propre à peu de choses près. Avec un B45 par exemple, je jouerais des anches un peu plus faciles mais le B45 une certaine rondeur qui m’est agréable. Il faut avoir un mariage bec-anche qui vous apporte le maximum de confort tout en vous autorisant à poser un do dièse aigu piano avec la même facilité qu’un do à vide. Voilà ce que j’ai toujours recherché et fait essayer d’obtenir à mes élèves. J’ai eu des camarades qui ont cherché des becs ou des anches toute leur vie On cherche toujours mieux mais il faut se souvenir que le mieux est l’ennemi du bien. On tourne en rond jusqu’au vertige.
Quelle est la meilleure solution ?
Si on a plusieurs anches, on peut faire un roulement. Et celle qui ne vous paraît pas très bien aujourd’hui peut vous paraître excellent e la semaine prochaine. On dit souvent : ‘ Elle s’est faite. ‘ alors que c’est vous qui vous êtes fait à l’anche. Votre état physique a une influence. Le même bec, la même anche ne donnent pas le même résultat avec le même musicien car il n’est pas stable.
Comment traitez-vous les anches neuves ?
Une anche neuve qui sonne bien, qui tient et qui correspond à vos goûts, il faut la jouer quelques minutes et la laisser reposer. Alors on la coupe pour lui donner du tonus et l’on obtient pas toujours le résultat escompté.
Louis Cahuzac disait avec humour qu’il faut traiter les anches par le mépris …
A la réflexion, c’est vrai.. Nous avons tous expérimenté les mêmes choses. Un anche ne marche pas très bien aujourd’hui et le lendemain, cela va mieux … Trois jours après, on se dit : ‘ Mais elle est bien ’. Parce que vous vous êtes habitué. Il faut tenir compte de votre état, de la fatigue … etc. C’est pour cela que c’est très variable. Cahuzac avait un son ‘ rond ’.
A mon avis, c’est le modèle. C’est ce que je recherche et apprécie. Un son rond mais quand même avec un certain timbre. Car il y a eu des excès conduisant à un son sourd. Sans timbre, le son ne porte pas. Il faut faire attention aux modes. Lorsque j’étais à la classe, il fallait avoir un son clair … Clair, c’était très bien, mais il ne faut pas que cela devienne ‘ transparent ’ et sans corps. Il faut garder le spectre d’harmoniques le plus large possible. A cette époque certains disaient que Cahuzac avait un gros son. Personnellement, cela me plaisait. Et Cahuzac était un adepte de Vandoren.
Quels sont les facteurs extérieurs qui influencent une anche ?
Le roseau est un bois qui vit, donc il est sensible à son environnement : chaleur, froid, humidité, sécheresse … Si de surcroît, l’instrumentiste y ajoute ses variations de forme physique une très bonne anche peut paraître mauvaise. Et ce n’est pas vrai. Les élèves me disaient : ‘ Vous avez toujours de bonnes anches ‘et je répondais oui, ce sont les mêmes que les tiennes. Les bons résultats découlent d’une combinaison entre un instrument ‘ fait ‘’ équipé d’un bec et d’une anche bien adaptés en un lieu et à un moment donné ce qui, finalement, est assez subtil.
Henri DIONET
               

4) Robert FONTAINE : sa vie de Musique
Ici l' Intégrale de l'article qui devait passer dans un magasine musical
... Ils n'en ont retenu que les passages ' Bateau ' dit Robert FONTAINE 


Premières émotions musicales.
Comme tous les enfants, j’absorbais le monde sans trop de questionnement, la musique comme le reste. Entendre, puis plus tard écouter, sont des réactions naturelles chez les tout petits. C’est ainsi que sans le savoir, je vécus mes premières émotions musicales par l’intermédiaire de mes parents qui m’emmenaient à l’opéra et au concert. Enfant, j’entendis Carmen, Faust, La Walkyrie et au Théâtre des Champs-Elysées, j’assistais aux débuts d’un enfant prodige dont tout le monde parlait, Roberto Benzi, qui dirigeait l’Orchestre de la Société des Concerts.
J’aimais bien la couleur des instruments à vent (les bois), sans préférence particulière pour la clarinette. Mes parents m’inscrivirent dans un conservatoire parisien récemment créé. Pour apprendre la musique, être parisien n’était pas un avantage. Contrairement à de nombreuses villes de province, il n’y avait pas ou peu d’écoles de musique en région parisienne et les conservatoires d’arrondissements en étaient à leurs balbutiements. Jusque dans les années 70, les enseignants étaient bénévoles. Des professeurs, solistes des orchestres parisiens, côtoyaient dans le même établissement et parfois dans la même discipline leurs collègues, de simples amateurs… France Musique n’existait pas encore et les concerts diffusés par la radio étaient des directs que l’on captait sans possibilité de les enregistrer. Quant aux disques, ils étaient encore peu répandus. J’ai donc appris la musique sans beaucoup de références, loin de me douter que j’en ferai une profession.
Par la suite, j’intégrais la classe du clarinettiste Henry Dionet au Conservatoire de Versailles, le seul établissement en île de France de bon niveau. Au niveau du cours moyen, j’eu l’occasion de travailler avec Pierre Lefèbvre, soliste à l’Opéra-comique. Son enseignement sortait de l’univers de la clarinette. Je me souviens qu’il me fit écouter les Sonates pour piano et violon de Beethoven par Arthur Grumiaux et Clara Haskil et analyser leur phrasé. Cette analyse “froide” me fit comprendre que l’expressivité musicale, la sensibilité, pour être perceptibles dépendent aussi de « savoir faire » technique. Merci Pierre !
Dès l’âge de 15 ans, mon professeur d’histoire de la musique au conservatoire de Versailles (Guy Ferchault) me fit connaître les Rencontres internationales de la jeunesse à Bayreuth. Muni d’une autorisation parentale, j’allais au festival. J’assistais à Tristan et Isolde sous la direction de Karl Böhm, avec Wolfgang Windgassen et Birgit Nilsson… Parsifal, dirigé par Hans Knappertsbuch, …. Dans les émois de l’adolescence, je sortis transporté du Festspielhaus, transporté et consterné de constater que des émotions de telle profondeur, qui étaient presque tout pour moi à ce moment, ne concernaient qu’un nombre si restreint d’individus. Ce fut un grand sujet de réflexion et d’impuissance qui m’habite et me préoccupe encore aujourd’hui.
A Paris, je suivais en auditeur les concerts du Domaine Musical de Pierre BOULEZ au Théâtre de l’Odéon. « Folklorique » sur scène parfois, et dans le public souvent ; je découvrais un langage jusque là inconnu pour moi, et d’autres horizons.
Puis ce fut l’Orchestre des Cadets-Pleyel dirigé par Gaston Poulet. Ce chef avait une pédagogie très adaptée aux jeunes. C’était un peu l’Orchestre Français des Jeunes de l’époque, mais « à l’année », qui se produisait salle Pleyel et qui accueillait nombre de grands solistes. Très tôt, j’ai acquis une certaine assurance au sein d’un pupitre d’orchestre, expérience positive car presque tous ces « cadets » ont réussi à rentrer dans les orchestres par la suite.
Reçu au Conservatoire de Paris, j’entrais dans la classe d’Ulysse Delécluse, grand « entraîneur » qui avait l’immense qualité de pousser « sportivement » ses élèves pour qu’ils se dépassent. Ce fut très bénéfique pour moi, qui n’étais sûr de rien : je pensais que je ne pourrais jamais rentrer au conservatoire, jamais y rester, jamais en sortir, jamais jouer par cœur, etc. Merci Ulysse !
Parallèlement au Service militaire et à la classe de musique de chambre au Conservatoire, je me consacrai à la préparation du Concours international de Genève dont je fus l’un des lauréats. Ce qui m’amena des propositions de places d’orchestre à l’étranger. J’accédais au statut de musicien professionnel.
Un de mes premiers “grand” concert fut de participer, en qualité de musicien supplémentaire, à la création française de la Huitième Symphonie de Mahler sous la direction de Georges Sebastian.
Après Berlioz, les œuvres françaises étaient revenues à des proportions plus « raisonnables » ; Mahler (mais aussi Brahms….) étaient honnis des critiques et compositeurs français ; ses effectifs démesurés,ses phrases emphatiques, ses redites, paraissaient interminables : la notion du temps n’était plus la même et nous perturbait. La fréquentation de ces œuvres, leur authenticité eurent vite raison de ces considérations.
Auparavant, une autre expérience me marqua profondément, j’avais alors 19 ans, je partis à un congrès international des Jeunesses musicales, une institution culturelle dont on mesure difficilement l’importance considérable à l’époque. Pour la première fois depuis la guerre, se retrouvèrent à Berlin plusieurs centaines de jeunes musiciens et choristes venus de toute l’Europe. Je restais quelques semaines en Allemagne. Nous avons notamment joué la Neuvième Symphonie de Beethoven sous la direction de Charles Mackerras. Le jour du départ, nous nous sommes tous retrouvés dans la gare de Berlin dans l’attente de nos trains respectifs, muets de tristesse. Soudain, dans ce hall immense, sans que personne ne se concerte, plus de 300 poitrines ont entonné l’Hymne à la Joie…Beethoven : je suis passé dans ta maison à Bonn. J’ai vu où tu es né ; je ne sais quelle pudeur ou quelle honte m’ont fait détourner le regard. Toi, l’Universel, dans cette petite chambre où l’on tient à peine debout ; tu te souviens de Berlin ? Ce jour où tu as rendu nos frontières dérisoires et caduques ?
Autre expérience de mes débuts, l’exécution de l’œuvre de Messiaen « Et exspecto resurrectionem mortuorum » dans la Cathédrale de Chartes, en présence du Général de Gaulle et du compositeur. En ce lieu alchimique, servie par les circonstances et l’acoustique, l’œuvre de Messiaen prenait toute sa plénitude.
Comme à chaque fois que je l’ai vu, Messiaen, qui « entendait » et connaissait son œuvre à fond, lisait sa partition comme s’il découvrait l’œuvre d’un autre ! Il y avait peu de répétitions, j’étais aux côtés de Guy Deplus, mon chef de pupitre ce jour là, qui par son respect absolu de la partition, de ses nuances, de ses rythmes complexes, me donna une grande leçon de professionnalisme. Merci Guy !
J’eu l’occasion de rejouer cette œuvre par la suite, toujours en présence d’Olivier Messiaen, qui, « découvrait » toujours sa partition. Ce jour là, au cours de la répétition, il manquait un instrument dans les graves, Messiaen n’en avait pas été prévenu. A un moment, dans un fouillis d’harmonies, on vit Messiaen se lever, timidement et s’adresser au chef « Je n’entends pas le do du sarrusophone » dit-il. Désarmés, devant une « oreille » aussi analytique, nous n’avons pu qu’éclater de rire. Messiaen, toujours le nez dans sa partition…pour moi le plus grand compositeur de le 2ème moitié du 20ème siècle; réécoutons sa musique pour orgue !
Premiers postes et pratiques des musiques contemporaines
En quittant l’Armée, je fus reçu à l’Orchestre de la radio de Nice dirigé alors par Pol Mule, exemple d’intégrité, humaine et musicale. Merci Pol !
C’était une formation “Mozart” qui avait accueilli comme d’autres orchestres en métropole les musiciens rapatriés d’Algérie. J’y ai souvent joué en soliste et participé à beaucoup de créations d’œuvres. La programmation était en effet en grande partie consacrée aux partitions nouvelles et la plupart des concerts étaient radiodiffusés. La disparition des orchestres de la Radio, en 1973, fut une catastrophe pour de nombreux compositeurs qui voyaient disparaître un diffuseur essentiel.
Revenu à Paris, et parallèlement au poste de Clarinette solo au Philharmonique, je pratiquais tout ce que mon instrument autorisait : musique de chambre, créations d’œuvres pour clarinette, master classes aux Etats-Unis, en Espagne, tournées en soliste….
De cette époque date le Festival de Musique Contemporaine de Royan. Après des décennies de musique contemporaine néo-classique, le balancier se précipita à l’opposé, tombant d’un excès dans l’autre ; plus de règles, plus de lois, plus de notes, des signes cabalistiques, sans contenu, des dessins. Je me rappelle avoir répété durant l’entracte dans les coulisses deux solos d’œuvres contemporaines. Les deux compositeurs dont je tairais le nom, disparus depuis étaient présents. L’un d’eux est venu me voir pour me donner des indications d’interprétation sur sa cadence. En réalité, je répétais celle de son confrère… Une autre fois, concerto pour deux instruments et orchestre : les deux solistes, au devant de la scène, devaient jouer aux quilles !…Ou encore, cette répétition au cours de laquelle, n’identifiant pas les signes imprimés sur les partitions, nous demandions au chef dans quelle sens mettre la feuille, il répondit « c’est sans importance » ! le reste à l’avenant…
Ces compositeurs, dont on a pour beaucoup oublié les noms, bénéficiaient d’un courant anarchique débridé et de subventions attribuées sans discernement par des pouvoirs publics dépassés. Ce fut une époque d’impostures et de gaspillages. On faisait venir parfois un musicien du Tibet, pour donner un coup de gong dans une formation de 150 musiciens jouant fortissimo !
Cela étant, interpréter la musique de son temps est primordial. La musique contemporaine fait partie intégrante du métier de musicien et si à une époque le bouchon a été poussé un peu loin, le terrain est maintenant assaini et les jeunes compositeurs de talent sont là et bien là. Les « chapelles » sont dévitalisées, le compositeur écrit ce qu’il a envie d’écrire.
L’esprit d’un nouvel orchestre
En 1973, j’ai intégré l’Orchestre philharmonique de l’ORTF. Trois ans plus tard, il devenait l’Orchestre philharmonique de Radio France. Malgré le passé (Seiji Ozawa et Leonard Bernstein. l’avaient dirigé), la période n’était pas florissante. En 1976, Gilbert Amy a apporté un nouveau souffle aux côtés de Jean-Pierre Marty pour le lyrique, d’Emmanuel Krivine pour le répertoire “classique” et d’Yves Prin pour le contemporain.
Jusqu’à l’arrivée de Marek Janovsky, l’image du Philharmonique était celle d’un orchestre voué à la musique contemporaine.
Dans les années 70 (l’époque n’était pas à la concertation), le fonctionnement des Institutions maintenait les musiciens d’orchestre dans un climat d’irresponsabilité. L’ambiance était sympathique mais quelques habitudes ou comportements tardaient à disparaître. Depuis long temps, la formation des chefs d’orchestre, dans notre pays (mais aussi dans d’autres) dépendait beaucoup des relations et « encouragements » financiers, que n’accompagnait pas forcément le talent. Dans certaines familles, quand on voulait être militaire on ne pouvait être que général, en musique, on ne pouvait être que chef d’orchestre. C’est ainsi qu’on pouvait voir arriver au pupitre des « chefs » qui suivaient la partie de premier violon ; décourageant pour les musiciens, qui parfois « potaches » les testaient alors en jouant d’autres notes que celles qui étaient écrites….
Puis les concours internationaux sont arrivés, les relations ont changées, les simulateurs ont disparus et il ne viendrait plus à l’idée de personne de jouer autre chose que la partition écrite.
Depuis quelques années, les musiciens ont pris conscience de leur responsabilité au sein des formations. ’Une carrière d’orchestre se gère comme une carrière de soliste ; il faut savoir parfois remettre en cause certains « conforts » pour en récolter les fruits ultérieurement. Certains textes, négociés il y plus de trente ans, sont devenus caduques. Je pense entre autres au régime des enregistrements télévisés. Il n’en demeure pas moins que certains comportements ont la vie dure : des chefs invités ont pu être déstabilisés par le peu de préparation des musiciens lors de la première répétition, considérée par certains comme une “prise de contact” ou une remise à niveau… Ce n’est pas dramatique, car le pouvoir d’assimilation des musiciens français est rapide, mais ce comportement dilettante participe de l’image négative des certains orchestres.
La “révolution Janowski”
En 1983, Marek Janowski est venu diriger une Ariane a Naxos de Strauss mémorable. Les musiciens ont été immédiatement conquis. Janowski est revenu à de nombreuses reprises, si bien que lorsque l’Orchestre a cherché un chef permanent, son nom était dans toutes les tMarek Janowski a accepté, mais on nous donnait 1% de chances de réussite : un orchestre brouillon et papillonnant, un chef emblématique de rigueur et de discipline... Le mariage a duré plus de 16 ans !
Rien n’est venu perturber cette collaboration sauf peut-être l’ambiance électrique certains soirs de matchs de foot, dont Marek Janowski était fou (revenant parfois d’un entracte de fâcheuse humeur après les scores enregistrés..) ; la légende prétend même que l’issue défavorable pour l’Allemagne d’un match contre la Yougoslavie aurait déclenché son départ de l’Orchestre de Cologne…
Dès sa prise de fonction, il a programmé le grand répertoire romantique allemand : Strauss, Bruckner, Wagner,…Avec « Yaya » ou Mareck comme nous l’appelions entre nous, l’orchestre a acquis une discipline instrumentale et un « son ». Quelques détracteurs ont insinué que nous ne faisions plus de musique contemporaine. L’orchestre continuait pourtant d’en faire autant (environ 20/22% de son temps) mais on parlait de lui en d’autres termes.
Qu’attendez-vous d’un chef d’orchestre
Tous les grands chefs (comme les grands solistes) avec lesquels j’ai travaillé ont pour point commun d’être atypiques.
Mais qu’attend-on d’un chef d’orchestre ?
Un chef est d’abord une personnalité, digne des œuvres qu’il dirige... une sorte de medium doté de ce qu’on qualifierait dans d’autres domaines, un sens de l’Etat… quelqu’un doté également d’une technique, pour “régler la circulation entre les pupitres” (selon la formule de Janowski) ;( la technique permet aussi d’obtenir des choses sans les demander, donc de gagner du temps lors des répétitions et de préserver la concentration des musiciens. )
Ainsi les chefs que je garderai au fond de moi sont ceux qui m’ont donné une certaine image de l’homme par leur recherche, leurs aspirations, leurs valeurs, constituées à la fois d’abnégation et de grandeur devant les chefs d’œuvres.Mais d autres m’ont marqué a des titres divers :
Avant Janowski, Emmanuel Krivine, personnalité complexe, a beaucoup apporté à l’Orchestre, notamment dans le répertoire classique ; E.Krivine faisait une grande carrière de violoniste ; un accident l’a rendu chef ! et il continue de « jouer de l’orchestre » comme s’il jouait d’un instrument.Sans aucun doute un des plus grands pour moi, dans Schubert ,Haydn , Mozart .Nello Santi m’émerveillait par sa connaissance de l’opéra italien ; il connaissait jusqu’aux « tournes » de chaque partie instrumentale! il savait transformer une phrase musicale somme toute banale en une mélodie géniale. J’ai encore en mémoire l’expression de son visage, mélange de Raimu et de Fernandel, s’illuminant lors de l’intervention de l’enfant, le pâtre, dans le troisième acte de la Tosca. Dans le solo du même acte, il me faisait interpréter des nuances contraires à celles imprimées, rendant cette phrase encore plus intérieure et dramatique.
Je me rappelle le magnétisme d’Igor Markevitch dont le visage possédait une expression d’oiseau de proie qui nous fascinait. Au concours d’entrée dans sa classe au Conservatoire de Monte-Carlo, il demandait par exemple aux candidats de réécrire de mémoire une partie d’instrument choisi au hasard dans l’œuvre qu’il comptait travailler ! Paul Paray avec qui j’ai débuté à l’orchestre, de sa luminosité , son aisance au pupitre,son panache. J’ai joué sous la direction de Kirill Kondrachine dans son répertoire de prédilection, Schéhérazade de Rimski-Korsakov. Son interprétation révélait davantage les aspects subtils de la partition que ses côtés flamboyants ; Autre forme d’énergie chez Leonard Bernstein, son Requiem de Berlioz spectaculaire d’intelligence et de brillance. Ce n’est pas la technique qui fascine aujourd’hui chez un chef comme Valery Gergiev mais sa gestique qui nous oblige à le regarder, à nous observer entre nous, et qui produit immédiatement un son ample et généreux. Maazel, Boulez, modèles de sobriété et d’efficacité… Raphael Frubeck de burgos, Genady Rojdenvesky, Fedosseiev, Youri Temirkanov… Armin Jordan : voyez le film « Parsifal »de Sibelberg où il dirige l’orchestre et où il incarne à l’écran le personnage d’Amfortas. Il y a tout Jordan dans ces expressions de visage ; toute la condition humaine.
Il y a quelques semaines, j’ai participé à mon dernier concert en tournée, à Moscou. Myung-Whun Chung dirigeait une Sixième Symphonie de Bruckner grandissime et Ma Mère l’Oye. Avec quel naturel et quelle subtilité il dirigeait cette musique on ne peut plus française ... Chung dirige comme un chambriste, souvent les yeux fermés, cherchant les atmosphères. Je suis toujours étonné quand je lis certaines critiques, souvent orientées il faut bien le dire, qualifier ses interprétations d’extraverties. C’est tout le contraire, Chung est on ne peut plus intérieur.
Le métier de musicien d’orchestre
Devenir musicien professionnel est aussi difficile aujourd’hui qu’hier. L’écriture musicale a changé, les réflexes aussi, mais les difficultés de bases demeurent. Il est toujours aussi périlleux d’interpréter les concertos de Spohr, Weber pour la clarinette… et quoi de plus dur que le concerto de Brahms ou de Beethoven pour le violon….Les concours d’entrée au CNSM ou dans les orchestres programment toujours la Rhapsodie pour clarinette de Cl Debussy, composée et imposée au conservatoire en 1910 !
Le problème des débouchés se situe en amont. Trop d’adolescents sont orienté vers une carrière professionnelle sans en avoir les aptitudes.
J’observe ici ou là, concoctés par des bureaucrates de la musique (ça existe !) des projets de réforme des structures d’enseignement. Les structures existantes sont suffisantes. Un musicien doit acquérir un certain niveau, et ce niveau, rien n’empêche un CNR de le réaliser.
Attribuons des prix justifiés, et non comme cela se produit souvent, à l’usure ou à l’ancienneté.
Il y a quelques années, on avait exempté les prix de CNR de l’épreuve éliminatoire du concours d’entrée dans les conservatoires supérieurs. Devant les niveaux trop inégaux des différents CNR. ,il a fallu la rétablir.
Le niveau de recrutement des orchestres est particulièrement élevé.
Si les candidats sont techniquement très performants, beaucoup ne sont pas sensibilisés aux exigences du métier de musicien dans un orchestre et ignorent ce que l’on attend d’eux. Les membres composant un jury (venant de différents horizons) n’ont que faire des problèmes de facture instrumentale (notes rébarbatives, justesse, passage des registres, etc.) qui désarticulent un phrasé. L’instrument doit obéir à la musique et l’on a le sentiment du contraire ; c’est la principale cause d’échec dans les concours.
Vient ensuite la période très délicate des débuts ;
Il faut être à la fois ambitieux et modeste (un musicien appartient à l’orchestre et non le contraire).
Le métier de musicien d’orchestre s’affirme « au pupitre », ce que l’on appelle dans notre jargon “avoir la chaise”. C’est le moment où l’on s’intègre dans « le pupitre », dans une formation. Lors du départ d’un soliste, il me semble qu’une période simultanée du soliste et de son successeur pendant un certain temps éviterait bien des écueils et permettrait au successeur un épanouissement et un accès à la « chaise » plus évident et plus confortable.
Comment voyez-vous l’avenir des orchestres? A Paris? En général?
Comparée à d’autres capitales européennes, il n’y a pas trop d’orchestres à Paris. Ce n’est qu’une question de gestion et de capacité à attirer des publics. Il faut démystifier le concert.
Ce qui est perçu comme une cérémonie réservée à une élite vieillissante rebute toute une frange de la population.
Alors que d’autre part, à longueur d’année, les concerts dans les églises, le Stade de France (60.000 personnes pour Carmen), le POPB sont pleins de gens qui n’ont jamais fréquenté une salle de concert….
Depuis quelques années, les concerts éducatifs bien conçus surprennent les musiciens eux-mêmes par la qualité d’écoute d’enfants et d’adolescents venus de partout, parfois de banlieues « difficiles », préparés par leurs professeurs dans les écoles, auxquels se joignent pour l’occasion un ou plusieurs musiciens. L’orchestre reçoit ensuite un courrier de commentaires pertinents, des dessins, etc. Pour ces jeunes maintenant la musique classique existe. Mais, où sont les relais ? Pouvoirs Publics, télévision, maisons de disques, disquaires (une grande enseigne parisienne va fermer son rayon classique).
Je ne suis pas inquiet sur l’avenir des orchestres, pourvu qu’ils entretiennent une qualité. On a cru à leur disparition lors de l’apparition des disques. Il n’en a rien été. Une partition n’est qu’un amas inerte et matériel de papier rendu vivant par les interprètes qui l’exécutent autant que par les auditeurs. De ce fait, elle devient instantanément parfaitement contemporaine. Cet « art de l’éphémère » provoque chez l’auditeur des réactions de pure poésie (appelons cela ainsi ..) qui se prolonge bien au-delà de l’audition. Tant que cette alchimie touchera l’intimité de l’être, les orchestres trouveront leur raison d’exister.
Les concerts éducatifs que nous avons vécu à l’Orchestre ont été fantastiques. Durant quelques heures, nous avons devant quelques centaines d’adolescents de la banlieue “brisé l’éducation télévisuelle” grâce au Sacre du Printemps. Leur qualité d’écoute était incroyable. Je suis persuadé que la différence essentielle entre la variété et le classique est uniquement une question de décibels ! De la techno ou du hard-rock au niveau sonore d’un quatuor à cordes, c’est franchement inaudible !
Propos recueillis par ... ...


Nous sommes en train de demander l'autorisation à certains magazines de passer certains de leurs articles, que nous trouvons très intéressants, sur notre site.



 
















Les articles précédents viendront après.....